TI PUNCH

Publié le par FRACLADIN

Oui ... tous ceux qui y sont allés le savent :
le TI punch, en Guadeloupe, c' est une institution ...  et même plus que ça , un rituel ... et le rituel fait indéniablement partie du plaisir.

Il désignait autrefois une boisson composée de cinq 5 ingrédients : thé, citron vert, cannelle, sirop de sucre et alcool ( en général le jus fermenté de la canne à sucre).
Au XVII ème siècle, les militaires français limitèrent les composantes à trois : citron vert, sucre de canne et rhum (le CRS).
 
La préparation du TI PUNCH est un rituel, c' est tout un cérémonial.
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Les images, les odeurs, les gestes, il faut que tout se combine pour se préparer au paradis !
Un punch se prépare lentement car le secret est qu' il faut bien mélanger le citron et le sucre, avant d' y ajouter le fameux rhum.
On coupe le citron, on met le sucre dans le verre. Certains puristes y ajoutent, à ce moment très spécial, une goutte d' eau, juste de quoi mouiller le sucre pour qu' il puisse recueillir tout l' arôme du citron vert. Ici intervient un geste éminemment technique : le pressé-tombé (' pwessé-tombé ') : le petit quartier de citron vert est pressé entre deux doigts au dessus du sucre en poudre dans le verre, et lâché exactement synchro avec la chute de la dernière goutte de jus ... Une fois le citron versé, on fait fondre le sucre. On dévisse le bouchon  qui doit déboucher la bouteille et le rhum agricole est versé dessus : une bonne et franche rasade, savamment ajustée par quelques subtils basculements de goulot et ce sans sans trop faire attention à ne pas dépasser le niveau.
Et puis il reste à remuer pour mélanger le tout et pour faire fondre le sucre (qui, d' ailleurs, ne fondra jamais complètement, ça fait partie du jeu ) ... En général, on regarde longtemps son verre avant de le porter à sa bouche ..... et on continue de remuer ... il faut un geste technique où tout est dans le poignet : rotation lente du liquide et du quartier de citron vert dans le fond du verre, pour parfaire le mélange et combler les plaisirs visuels et olfactifs ... et enfin vient la première gorgée ....

Aux Antilles françaises, le rhum est agricole, c' est-à-dire qu' il est créé a partir du pur jus de canne, contrairement aux autres rhums dans le monde qui sont créés à partir de la mélasse. Toute la différence est là.
Du rhum blanc agricole, oui, mais attention : pas n' importe lequel ! Dans chaque famille on a sa préférence, et pour rien au monde on ne ferait des infidélités à «sa» distillerie préférée ! Pour nous autres, piètres (mais zélés) amateurs, tous les bons rhums agricoles se ressemblent, mais les connaisseurs peuvent vous distinguer toute une gamme d' arômes et autant de «grands crus» qui traduisent le savoir faire ancestral des distilleries artisanales.  ... En tout cas, ce sont les plus forts : 59 ° pour certains, parmi les plus cotés.
Le citron est aussi un citron très spécial et provient d' un citronnier spécifique que chaque Antillais qui se respecte possède dans son jardin (en général c' est l' arbre le plus bichonné du jardin). En effet, ce citron est consommé presque jaune, nous dirons vert clair, ce fameux citron est appelé "petit citron" et a la particularité de fournir peu de jus mais beaucoup d' arôme, bien plus qu' un citron ordinaire. Le citron est tout aussi important que le reste (sucre et rhum).
Le punch antillais se boit avec du sucre de canne roux (non-raffiné) et doit provenir de la région d' origine du rhum.
On peut remplacer le sucre en poudre par du sirop de sucre de canne, par du miel, de la confiture de surelles, où même une autre confiture.
Des glaçons ? ... surtout pas ! ... Bon, si vraiment vous insistez, on ira vous en chercher à la cuisine, mais en principe le Ti' punch se boit sans glaçons, et pour vous convaincre certains vous diront même « attention ... attention ! ... c' est ça qui saoule ! ».
 
Au delà du classique TI punch, le rituel du rhum ( le ' Wonm ', en créole ) peut se décliner à tous les moments de la journée.
Le matin, au lever du jour, ce sera un ' ouvré zyé ' (ouvre les yeux), autrement appelé ' un Ti' décollage ', ou encore un ' TI feu ' ou une ' mise à feu '!
A la pause de 11 h, juste un ' TI LAGOUT ' ( petit verre de rhum sec ), pour la forme et l' entrain au travail.
Vers midi, avant le repas, c' est le moment du classique CRS (citron, rhum, sucre), suivi d' un ' TI 5% ' ( petite rasade pour fondre le reste de sucre non dissous).
 Et s' il ne reste plus de sucre dans le fond du verre, ce sera un ' sans dou ' (sans doux : sans sucre).
A la pause de 15 h, un ' TI sèk ' (variante sémantique du ' TI lagout ')
A 17 h, en jouant aux dominos, un ' Ti' Pape ', hommage pontifical faisant l'objet d'une tournée offerte par le perdant.
Ahhh ... déjà 18 h, le soleil va bientôt passer sous l'horizon, voici (re)venir l'heure du CRS ... Souvent prolongé d'un ' 50 % '.
Enfin, avant de partir se coucher, une éventuelle ' Partante ' (rasade de rhum agricole pur) assurera à chacun la sérénité propice à un bon repos. Pour certains (qui abusent), la ' Partante ' se transformera en ' Péta ' (pétard = très généreuse rasade) et là, ce sera fini pour la journée ... à moins qu'un petit dernier particulièrement bien tassé, un ' Pété pyé ' (celui qui pète les pieds ... sans commentaires ... !) n'oblige à dormir sur place ... 
Enfin, pour des circonstances particulières, une bouteille de rhum avec un petit additif spécial sortira du placard : le ' Pété bwaguet ' (celui qui « pète la braguette » ... no comment !)
 
Il est bon de savoir, qu' il est préférable de consommer plusieurs "petits" punchs, qu' un seul "grand".

Mais quoi qu'il en soit, n'oubliez pas la recommandation de base : sachez apprécier, sachez consommer avec modération ... (pardon ! ... « avec modéwation » !)  ........... et s
i vous allez en Guadeloupe et qu'à votre retour, vous n'aimez pas le ti-punch, vous n'êtes pas normal.

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